Tiens, je m’embête un peu en attendant un rendez-vous, voici un article dans la glorieuse catégorie du « Reposons nous sur nos acquis ».

Emily Postnews, je m’en suis faite une icône d’Internet (ce qu’elle est). Elle matérialise un peu tout ce qui fait que l’usage d’Internet devrait être étudié par des sociologues.

Son existence n’interesse plus grand monde à part les vieux briscards du net, aujourd’hui plus personne n’a le temps (ma bonne dame) de regarder d’un peu plus près les bonnes vieilles habitudes des internautes, ou alors tout le monde en a tellement marre que d’en parler ne servirait qu’à alimenter la grande cheminée du désespoir humain.

Bref.

Emily Postnews est un personnage fictif qui a fait son apparition lors des débuts d’Internet. A cette époque, ce que nous appelons aujourd’hui « forums », « réseaux sociaux », « sites communautaires » était l’Usenet. L’Usenet c’était un « système en réseau de forums », bref on se passait des textes rapides à lire, et on communiquait comme ça (et pour en savoir plus, je vous présente un ami commun.). Pas grand chose à voir avec les réseaux sociaux, mais rien que l’idée de permettre l’échange d’idée entre personnes éloignées géographiquement, c’est le début du web 2.0, enfin normalement.

Et ça ressemblait à ça.
Et ça ressemblait à ça.

Voilà, le monde est à notre porte, je peux enfin papoter avec un canadien ou poster un message dans le vide qui accrochera l’imaginaire de n’importe qui.
Sauf que, et là vous le savez bien, on ne discute jamais normalement sur des forums.

Voyez où je veux en venir…

Votre PC vous fait des écrans bleus intempestifs, vous ne savez pas ce que ça veut dire, ce que vous devez faire, alors vous recherchez sur des forums spécialisés. Et là, oh merveille, quelqu’un qui a eu le même problème que vous a posté une question, et vous voyez un nombre satisfaisant de réponse. Vous cliquez. Bien.
Maintenant, vous allez découvrir qu’une dizaine de personnes ont le même problème que vous. C’est bien. En gros, les réponses ne sont que des « moi aussi j’ai le même problème », parce qu’on ne sait jamais, si la demande augmente, l’offre aussi, non? Ah bin non. (Ce genre de situation est un bonheur avec un Iphone quand une réponse prend une page et qu’il faut charger une nouvelle page pour avoir le « moi aussi » suivant… à la recherche irraisonnée d’une véritable « réponse », pour le coup.)

Et bien ça, Emily le savait.

Pas découragé, vous vous risquez de nouveau à visiter ce forum. C’était sans penser à… la CRISE D’EPILEPSIE provoquée par les dédicaces des membres.
JE SUIS UNE PERSONNE INTERESSANTE ET JE VEUX LE MONTRER, alors je mets plein de citations que je ne comprends pas, mon site web, une animation .gif avec des anges qui disent « bisous ».

Et bien ça, Emily le savait.

Le langage SMS sur Internet, Emily le savait !
Les longues citations des autres membres, Emily connaissait !
Les débats interminables sur des sujets épineux, Emily l’encourageait (vivement, surtout entre défenseurs d’Atari ou Amiga… ce qui n’a plus d’intérêt maintenant puisque ces gens là sont tous devenus comptables).

Bref, Emily savait tout, c’est un peu la mère de toutes les attitudes, l’inspiration des usagers…

Emily, la source de tous les trolls

J’en reviens à l’essentiel.

Le personnage d’Emily était présente sur les FAQ (Foire aux Questions ou Frequently Ask Questions) pour répondre aux questions les plus logiques des internautes.
Ce sont en fait ses réponses qui font d’elle une mère de toutes les attitudes, car elle (en toute ironie) incitait les jeunes à répéter les usages les plus irritants de l’usenet.

Maintenant, je vous laisse la découvrir en extraits (source (et suite) : Du bon usage de Usenet) :

Q: Chère Mademoiselle Postnews: Pouvez vous me dire quelle longueur doit avoir ma signature ? (bavard@bruyant)

R: Cher Bavard: Essayez d’avoir la signature la plus longue possible s’il vous plaît. Elle est beaucoup plus importante que votre article, sans aucun doute. Donc essayez d’avoir plus de lignes dans votre signature que dans votre texte.

Essayez d’y inclure un petit dessin composé de caractères ASCII, et beaucoup de citations mignonnes et de slogans. Les gens ne se lasseront jamais de lire ces brins de sagesse encore et encore, et vous serez ainsi personnellement impliqué dans la joie que chaque lecteur ressentira à chaque nouvelle lecture de votre signature.

N’oubliez pas d’y inclure un plan complet de Usenet, afin d’indiquer une fois de plus à tous comment vous contacter par e-mail n’importe où dans le monde. N’oubliez pas, par la même occasion, d’y indiquer la passerelle Internet, cela permettra aux personnes de votre propre site de savoir comment vous contacter. En plus de votre adresse sur Internet, donnez ici également votre adresse par UUCP et BITNET, meme si elles sont identiques.

A côté de votre adresse e-mail, incluez vos nom, prénom, société et organisme. C’est simplement de la courtoisie après tout, il y a des programmes de lecture de news où il est nécessaire de presser une seule touche du clavier afin de retourner au début de votre article pour voir cette information dans son en-tête.

N’hésitez pas ! Incluez vos coordonnées téléphoniques et votre adresse postale dans chaque article. Les gens répondent toujours aux articles Usenet par un coup de fil et par courrier. Quelle idée de s’embêter à inclure cette information seulement dans les articles nécessitant une réponse par un canal conventionnel.

Un dessin en ASCII ? 


Q: Chère Mlle. Postnews: Je n’ai pas pu faire parvenir un mail à quelqu’un sur un autre site. Que dois-je faire ? (turbineur@zele.max)

R: Cher Turbineur: Pas de problème. Postez simplement votre message dans un groupe lu par beaucoup de gens. Ecrivez quelque chose du style : « Ceci est pour Jean Dupont. Je ne peux pas lui envoyer de mail donc je poste ici. Pour les autres, prière de ne pas en tenir compte. »

Ainsi, plusieurs milliers de personnes passeront quelques secondes à feuilleter le groupe et ignoreront votre article, utilisant jusqu’à 16 heureshomme de leur temps collectif. Mais cela vous épargnera l’ennui majeur de vérifier les cartes Usenet ou de chercher d’autres solutions. Réfléchissez, si vous ne pouviez pas distribuer votre message à 30 000 autres ordinateurs, vous seriez peut-être obligé (uh!) d’appeler les renseignements téléphoniques pour 3 unités, ou même de téléphoner à l’individu. Ceci pourrait même vous coûter jusqu’à quelques FRANCS (!) pour un appel de 5 minutes!

Et c’est certainement mieux de dépenser 100 à 200 francs de l’argent de quelqu’un d’autre en distribuant le message sur le réseau que de dépenser 150 francs pour un envoi par Chronopost ou même 2,80 francs pour un simple timbre !

N’oubliez pas. C’est la fin du monde si votre message n’arrive pas, il faut donc le poster dans le plus grand nombre d’endroits possibles.


Q: Quelqu’un vient de poster que Roman Polanski a réalisé La Guerre des Etoiles. Qu’est-ce que je dois faire ?

R: Postez la réponse exacte immédiatement ! Nous ne pouvons pas laisser les gens croire une telle chose ! C’est excellent que vous l’ayez vu. Vous serez sans doute le seul à faire la correction, donc postez votre message dès que possible. Il n’y a pas de temps à perdre. N’attendez certainement pas un jour, ni ne vérifiez si quelqu’un d’autre a déjà fait la correction.

Et ce n’est pas suffisant de répondre par mail. Comme vous êtes le seul à savoir que c’est vraiment Francis Coppola, vous devez en informer le réseau toute de suite !


Q: J’ai lu un article indiquant, « répondez par mail, je ferai une compilation. » Que faire ?

R: Postez votre réponse sur tout le réseau. Cette demande ne s’applique qu’à des ignares qui n’ont rien d’intéressant à raconter. Vos messages sont beaucoup plus importants que ceux des autres, donc ce serait un gachis que de répondre par mail.


Q: Je ne sais pas écrire un mot correctement. J’espère que vous allez me dire ce qu’il faut faire ?

R: Ne vous inquietez pas de la présentation de vos articles. N’oubliez pas que c’est le message qui compte, et non pas sa présentation. Ignorez le fait qu’une orthographe peu soignée dans un groupe où les gens écrivent proprement envoie le même message silencieux que des habits malpropres lorsque vous vous adressez à une audience.

Vous dis-je ! Elle avait compris la flemme orthographique de nos jeunes !


Q: Quel ton dois-je adopter dans mon article ?

R: Soyez aussi provocateur que possible. Si vous ne dites pas de choses provocantes et ne remplissez pas votre article de plein d’insultes visant les gens du réseau, il se peut que votre texte ne soit pas assez visible dans l’avalanche d’articles, et vous ne recevrez pas de réponse. Plus votre message est fou, plus il y a de chances que les gens y répondent. Après tout, le réseau est là afin que l’on fasse attention à vous.

Si votre article est trop poli, bien argumenté et concis, vous risquez de ne recevoir que des réponses envoyées par mail. Pouah !

Voir MER IL ET FOU, un parfait exemple.


Q: Quel ordinateur dois-je acheter ? Un Atari ST ou un Amiga ?

R: Posez la question dans les groupes Atari et Amiga. C’est une question originale et intéressante. Je suis sûr qu’ils vont aimer en discuter dans ces groupes. En fait, postez votre question immédiatement à autant de groupes techniques que vous connaissez, en terminant votre message par : « Prière de répondre par mail, parce que je ne lis pas ce groupe. » ( Personne ne pensera qu’une telle affirmation est impertinente. N’oubliez pas que le réseau est une ressource destinée à vous aider.)

Il n’y a pas besoin de lire les groupes à l’avance ni d’examiner les listes de « frequently asked questions » (FAQ : questions fréquemment posées) pour voir si le sujet a déjà été traité. Ce genre de précaution est destiné à des gens n’ayant pas votre sens inné de la netiquette, et dont les questions sans grand intérêt seront souvent rencontrées. Votre question est certainement unique; il n’y a aucune raison de vérifier la liste pour voir si la réponse y est déjà. Comment pourrait-elle y être, alors que vous venez de penser à la question il y a quelques instants ?


Q: Qu’est que foobar veut dire ?

R: Mais c’est vous, cher ami.

[NdT : foobar peut vouloir dire "abruti". La signification officielle se perd dans la nuit des temps (ARPANet). Cela peut également signifier "machin bidule" -SN]

Osez dire que tout cela ne vous rappelle rien !

Voilà, vous savez tout. Vous savez pourquoi c’était bien les années 80, quand il y avait encore tout à découvrir et que Margaret Thatcher fessait des mineurs à coups de pelle.
Mon combat à moi, c’est de me faire reconnaître comme une geek psychologue, et faire comme si j’avais tout compris au comportement des gens sur internet. Parce que c’est un début de commencement de réussite sociale.

Personnellement, ma découverte d’Internet date de 1999 – 2000… c’était déjà une bonne époque… Ah Caramail…

Un jour, je vous parlerai de la loi Godwin, un concept familier, sans doute.